Une question bien sympathique de Romain, étudiant à l'ISC, qui du coup vient de créer son blog, à laquelle je répond avec plaisir:
Bonjour Monsieur,
J'ai découvert avec joie que le créateur de boursorama.com n'était autre que celui de MT. J'ai plaisir à voir que grâce à vous les places publiques retrouvent des couleurs par le biais de Blog.
Je ne suis ni créateur de Boursorama (j'en suis Administrateur), ni de MT (je comprends Movable Type, notre société en a l'exclusivité pour l'Europe).
Je me permets de vous interpeller car je voudrais connaître votre vision du "super media" qu'est en train de devenir Internet. Il est clair que l'Internet est en pleine expansion mais dans quelle mesure selon vous ? Quelles en sont ses limites ?
Et voila, à 31 ans je vais commencer à passer pour quelqu'un qui a vécu mais tant pis, je me souviens il y a dix ans quand beaucoup d'entre nous demandaient "je peux vous envoyer un email" et que la plupart des entreprises et des personnes répondaient "quoi ? " envoyez plutôt un courrier ou un fax.... Vous vous souvenez ? Et bien dix ans après nous ne nous souvenons pas justement car c'est devenu normal, tout comme c'est en train de devenir normal de faire une recherche Google sur un produit, un endroit, une entreprise, une personne avant de la voir ou de l'acheter (le produit). L'Internet est partout, il se banalise, et nous n'avons encore rien vu. Les médias traditionnels sont en perte de vitesse (la TV, les quotidiens perdent de l'audience au profit de l'Internet en permanence). Pourquoi ? Ces médias étaient la seule solution lors de leur création pour communiquer efficacement à plusieurs personnes puis à des masses, mais ces médias nous ont habitués à être stupides, à devenir fainéants et passifs en les lisant ou en les regardant, à croire parfois que ce qu'ils disent est la vérité par défaut. C'était jusque la un problème technique, la "voie retour" n'etait pas possible facilement, or par nature nous avons envie de nous exprimer, de réagir, de dire ce que nous pensons et certainement pas de devenirs des légumes qui écoutent, lisent, regardent, mais ne parlent pas. J'exagère ? Un peu, mais pas beaucoup. L'Internet permet enfin à chacun d'entre nous de réagir et pas seulement d'écouter.
Bien sûr je vais encore parler des blogs, mais quand je vois l'impact du blog de Christophe à Puteaux ou les dizaines de milliers de personnes qui lisent Joi tous les jours, quand je vois que le blog de Lyssa en Allemagne a eu tellement de succès qu'un livre a été publié chez un grand éditeur et un deuxième est en préparation, je me dis que chacun d'entre nous à enfin son média pour s'exprimer s'il le souhaite, partager ses idées, créer ou participer à une communauté. L'Internet que nous connaissons aujourd'hui n'est rien, ce n'est que le début d'une transformation profonde de la manière dont nous nous exprimons, un changement radical de nos relations avec les autres, une nouvelle transparence sur tout, les produits, les hommes, les entreprises.
Regardez ce qui vient de se produire avec l'industrie de la musique qui s'effondre. Qui l'aurait dit il y a seulement cinq ans ? Et bien moi je m'en réjouis. Je me réjouis que des artistes inconnus et talentueux puissent être connus de manière virale sans passer par la sélection des majors. Je me souviens avoir participé à une table ronde à Davos avec des "Majors de la musique" dans la salle, et j'étais le "bad Internet guy". Un patron d'une grande "Major" que je ne peux pas citer m'a dit "mais notre savoir faire, c'est d'avoir une equipe de trente personnes qui selectionnent et repèrent les talents" je lui ai répondu "mais le savoir faire de l'Internet c'est que tout d'un coup ce sont des millions de personnes qui sélectionnent ces talents sans commission".
Réflechissons un peu, pour créer de la musique, il faut du talent. Avant il fallait d'abord être sélectionné par une société, aujourd'hui il suffit de poster sa musique sur Internet et beaucoup sont devenus connus et vendent un peu partout dans le monde sans que ce soit forcément des millions (voir ici l'histoire de Allan Vilhan) mais cela va venir. Au moins beaucoup peuvent en vivre alors qu'il y a combien d'artistes inconnus et rejetés par le système traditionnel qui n'ont aucun revenu ? Il fallait des instruments coûteux, maintenant des albums se créent avec Garage Band et un simple Mac. Il fallait un studio d'enregistrement, produire des disques et enfin les distribuer. Tout cela est complètement dépassé, il n'y aura plus un seul magasin de disques d'ici quelques années (sauf pour les collectionneurs), ni de "Major" tout comme nos enfants nous demanderont ce que c'était, Papa, qu'une pellicule d'un appareil photo (Kodad a arrété la production d'appareils photos non numériques).
Alors jusqu'où cela va aller ? Je n'en sais rien dutout mais c'est parti pour des dizaines d'années de transformations profondes. Difficile de prévoir à long terme, j'essaie de me concentrer sur ce qui peut être préssenti sur trois à cinq ans et je prends les paris que les blogs et les logiciels sociaux vont devenir aussi importants que l'email d'ici quelques temps, utilisés par un très grand nombre de personnes et d'entreprises.
D'autre part, comment voyez-vous l'Internet dans 4 ans ? et que signifie Internet pour vous ?
Je suis étudiant en Ecole de Commerce, l'ISC pour tout dire, et je m'oriente vers la spécialisation MMTI. Je mets beaucoup d'espoir dans le développement du Media Internet et j'aimerais beaucoup votre avis sur ce thème. Je sais que vous êtes très occupé, mais votre vue me semble des plus éclairée, c'est pour cela que je vous écris.
Je ne peux que vous conseiller de choisir des études en rapport avec l'Internet et c'est moi qui vous remercie de m'avoir fait un peu réfléchir ce soir !
Je vous souhaite très bonne continuation, et j'espère qu'un jour j'aurais l'occasion de vous rencontrer, et pourquoi pas de discuter avec vous d'une passion que nos vons en commun: Internet.
Cordialement
Romain Péchar
Bonne chance à vous et au plaisir de lire votre weblog !
Je sais, je vais encore passer pour un illuminé, mais ce n'est pas grave, si certains d'entre vous et il y en aura beaucoup ne sont pas d'accord avec moi, et bien dites le dans les commentaires...