Chronique de mon dernier voyage au Japon
Vous trouverez ma chronique comme tous les mois dans le mensuel Management, qui m'a gentiment autorisé à la reproduire sur mon blog, la voici donc. Ce mois-ci il s'agit de mon dernier voyage au Japon.
Onse, futon, opportunités nippones et NicoNicoDouga
Les entrepreneurs japonais : créatifs, mais trop peu nombreux
Je reviens d’un voyage d’une semaine au Japon. La raison de ce périple ? M’efforcer de deviner là-bas notre avenir commun, dans la mesure où les Japonais ont souvent un ou deux métros d’avance sur nous (Américains compris) au plan technologique. Qu’il s’agisse de téléphonie ou d'Internet mobile, c’est dans cette zone du monde que s’élabore une bonne partie de notre futur. Au Japon (ou d’ailleurs en Chine), on consulte déjà davantage Internet sur des outils mobiles que sur des ordinateurs de bureau. J'y allais aussi pour présenter Seesmic, mon réseau social vidéo, et pour rencontrer des jeunes créateurs locaux. L'entrepreneur n'a pas une très bonne image en France ? Dites-vous que c'est bien pire au Japon ! Leur progression hiérarchique à l'ancienneté, une protection sociale étouffante et la préférence générale pour les très grandes sociétés font que bien peu de jeunes comprennent l'intérêt de créer son entreprise. Rares sont les start-ups japonaises qui percent a l'international. Elles restent sur leur propre marché, sur leur langue, sur leur culture. C'est une chance pour des gens comme moi, car les leaders américains ont un mal fou à percer au Japon. Ils doivent obligatoirement s'associer avec des entreprises locales pour espérer réussir. Bref, à Tokyo, je me sens, pour une fois, à égalité avec eux !
Le mariage de la vidéo et du « chat » engendre le karaoké du futur !
Oubliez YouTube ! L’avenir de la vidéo en ligne s'appelle NicoNicoDouga. Le premier site vidéo nippon n'est pas YouTube, mais un site qui réinvente l'interactivité. La conversation texte en chat n'a rien de nouveau. La vidéo sur Internet non plus. Seulement NicoNicoDouga les combine et ça, c'est vraiment nouveau. Pendant qu’on regarde un film ou un programme, on peut "chatter". Non pas en bas de l’écran, mais sur la vidéo elle-même. Résultat : une sorte de karaoké permanent, fascinant, souvent plus intéressant que le programme lui-même. Les adolescents japonais se délectent à s’envoyer sur NicoNicoDouga les discours détournés des hommes politiques locaux. Le jeu consiste à les commenter ironiquement en temps réel. Le texte défile à toute vitesse dans un arc en ciel de couleurs psychédéliques, au point qu'il en devient presque impossible de suivre la vidéo proprement dite. La conversation prend le dessus sur l’image (qui n’avait sans doute pas grand intérêt au départ). Ce site connaît une croissance exponentielle. Il a déjà dépassé tous les autres sites vidéo du pays. Je m’interroge : cela va-t-il être un feu de paille ou un phénomène purement japonais, voire asiatique, qui ne prendra pas plus ailleurs que le karaoké, par exemple ? NicoNicoDouga est en tout cas très en avance sur le plan publciitaire. J'y ai vu par exemple surgir des annonces pour de l’eau minérale au moment-même où l’un des orateurs s’interrompait pour avaler une gorgée lors d'un débat télévisé. Sur NicoNicoDouga, tout est personnalisé et optimisé à l'extrême. Le message comme le moment où il est diffusé.
Le luxe suprême : un hôtel où tout est imposé, même les menus
A l'occasion de ce voyage, j'ai pu (enfin !) expérimenter ce que je considère comme le comble du luxe. La possibilité de se loger dans un ryokan (auberge traditionnelle, avec bains collectifs) est quasiment inaccessible aux étrangers. En fait, la plupart des propriétaires de ces établissements font tout pour décourager les non Japonais. Je n'ai pu découvrir celui qui m’a accueilli que grâce à la pressante recommandation de mon ami Joi Ito. Dans un tel établissement, vous pouvez débrancher tous vos circuits pour de bon : on choisit pour vous vos heures de repas, de réveil et même… celle de votre bain. Dès votre arrivée, un membre du personnel affecté à votre service exclusif s'agenouille devant vous et vous aide à passer un kimono traditionnel. Il vous propose ensuite un bain, ou "onse". Une suggestion qui ne souffre aucune discussion. Quelques minutes plus tard vous vous détendez dans un immense jacuzzi traditionnel en bois, avec vue sur mer, entouré d'une nature luxuriante. Ne cherchez pas le programme des activités, il est inexistant. Le principe du séjour est d'alterner bains et repos – et vice versa - le tout dans un silence absolu. Dès le deuxième jour, même si vous êtes arrivé stressé, vous avez la sensation d’être là depuis une semaine. Dans un ryokan, le dîner vous sera servi sur les tatamis de votre chambre. Les plats se succèderont dans un ordre et un rythme immuables, sans qu’on vous ai jamais demandé votre avis sur le menu. Une fois le repas avalé, la table est rapidement évacuée et se trouve remplacée par des futons posés à même le sol. Vous n'espériez quand même pas dormir dans un lit ! Je souris, mais en réalité j'ai adoré l'expérience. J’en suis sorti (vivant) en ayant le sentiment d'avoir complètement « nettoyé » mon cerveau.









