27/04/2006

Si je dirigeais un titre de presse...

J'interviens ce matin dans une réunion avec plusieurs représentants de titres de presse écrite, je jette donc ce matin quelques idées sur ce que je ferais si j'étais un dirigeant de titre de presse, sans pour autant bien connaître ce métier ni toutes ses contraintes.

Je pense qu'il s'agit de deux mondes qui convergent, que le contenu amateur ne va pas remplacer le contenu professionnel, bien au contraire. En revanche, je crois que soit les rédactions s'adaptent à cette conversation permanente, soit elles vont devoir faire face à une baisse de leur audience au profit des blogs et autres outils du web 2.0. Je vous renvoie à mon chapitre de Blogs pour les pros, "les blogs contre le journalisme ?" pour ce débat. Je me concentre dans cette note sur les actions à prendre à court terme pour une rédaction, le sujet de ce matin. Je m'excuse par avance sur la qualité de rédaction du texte ci-dessous je l'ai écrit très rapidement...

1) Rendre compatible le contenu avec la conversation

-"être disponible dans les moteurs de recherche ou disparaitre": mettre l'édition quotidienne en ligne gratuitement intégralement

Risqué mais les lecteurs sur le web et les abonnés de la presse papier se recoupent peu, les utilisateurs avertis du web savent que l'information est disponible gratuitement d'une manière ou d'une autre, lisent Google News, et ne paient donc en général pas d'abonnement à la presse. Il s'agit de sauter dans le vide en espérant que le surplus d'audience provenant de la gratuité et de Google compensera la baisse des revenus des abonnements.

-avoir des liens permanents

Tous les articles doivent avoir des url uniques et faciles à trouver, optimisées pour le référencement (titre de l'article dans l'url). Ceci favorisera le nombre de liens qui pointe sur le site de presse, qui ont assez peu de liens en général.

-laisser ses archives en ligne intégralement et gratuitement

Les revenus générés par les archives des articles sont très faibles, pourtant la plupart des titres continuent à "bloquer" leurs articles. Le résultat c'est l'impossibilité de créer des liens sur les articles ou pire, le fait que les liens créés sont "cassés" lorsqu'ils ne sont disponibles pendant une durée limitée. Les blogueurs et les autres sites ont du mal à créer des liens vers les sites de presse, du coup ces derniers avec peu de liens ont un page rank Google faible, leur contenu se propage moins et génère moins de "buzz", ils sont moins visibles dans les moteurs de recherche, c'est un cercle vicieux.

-un grand nombre de fils RSS

C'est le cas pour la plupart des titres français mais de peur que les lecteurs ne lisent plus que le RSS, le contenu des fils se limite en général au titre de l'article et une ligne, c'est trop peu et très frustrant pour les habitués, qui sont obligés de cliquer et d'aller sur le site en permanence pour voir le sujet de l'article.

-des commentaires en bas de chaque article
Certains titres ont déjà des forums mais je pense que comme sur les blogs, des commentaires systématiques sur chaque article sont suscitent beaucoup plus la conversation qu'un forum isolé dans un coin du site.

C'est le plus difficile à priori car
* les journalistes ne sont pas habitués à cette transparence, ce retour immédiat et explicite de leurs lecteurs qui peuvent converser autour du sujet mais aussi suggérer des imperfections sur l'article lui même. De plus cela donne immédiatement une idée à tous de l'intérêt du lectorat pour l'article: s'il a beaucoup de commentaires, il intéresse et crée le débat. Sinon, son intérêt est probablement limité et ce n'est pas toujours facile à accepter à la fois pour le journaliste et la rédaction.
* la rédaction aura peur pour sa marque et sa responsabilité en laissant apparaître du contenu amateur. Certes il y aura des dérives, mais très limitées. Il y a plus de 25 000 commentaires sur mon blog et j'ai du en trois ans en effacer une vingtaine pas plus. Il faut modérer à posteriori (racisme, etc) mais les ressources nécessaires sont beaucoup plus limitées que l'on croit.

2) Créer du contenu dont le style est similaire à celui des blogs en plus des articles "classiques"

Je ne souhaite pas ici la disparition des articles "classiques" bien au contraire, je me concentre sur le fait de démarrer une conversation qui nécessite en général un contenu assez différent. Une erreur régulièrement commise par les journalistes qui lancent leurs blogs et de faire des copier-coller de leurs articles. Le style est différent sur un blog:
-plus court
-plus "familier", décontracté, comme si l'on prenait un café avec le journaliste
-l'auteur prend en général position de manière explicite
-créer des liens externes.
L'auteur renvoie directement ses lecteurs à ses sources: une grande différence entre les deux mondes. Sur la majorité des titres de presse, il n'y a aucun lien externe, la encore de peur que les lecteurs s'en aillent. Les blogs font l'inverse, ils font appel au sens critique du lecteur et les renvoient en permanence aux sources avec des liens externes, pour qu'ils se fassent leur propre idée. Les seuls liens externes qui existent en général sur les titres de presse sont... des publicités. Il n'y a aucune crainte à avoir en créant des liens externes sur le "non retour" des lecteurs, au contraire. Les blogs passent leur temps à envoyer les lecteurs ailleurs, Google est le site le plus populaire du monde et pourtant aussi celui sur lequel on passe le moins de temps: on cherche, on trouve, et on se retrouve ailleurs, puis on revient. Les titres de presse ont cherché au contraire à créer des murs autour des lecteurs pour éviter qu'ils ne s'échappent, alors que les autres sources d'information sont à un clic.

3) Intégrer la conversation du web au contenu

Il ne s'agit pas simplement de prendre en compte la conversation sur les commentaires des articles, mais aussi celle qui démarre sur les mêmes sujets ailleurs, et de créer des liens.

Je m'explique. Un journaliste écrit un papier sur le CPE. Il a des commentaires en bas de l'article, très bien. Mieux, des liens (comme Newsweek le fait je crois) avec des moteurs de recherche spécialisés comme Technorati renvoient aux blogs qui parlent de cet article (il y en a eu 70 000 sur le CPE...), aux articles portant les mêmes "tags" le cas échéant, aux photos crées par les amateurs sur ces sujets (6 000 sur le CPE dans Flickr alors que Libé avait créé une rubrique "photos de lecteurs" avec seulement quelques dizaines de photos"). La conversation existe ailleurs, créez de liens vers elle, les lecteurs vous remercieront.

4) Lancer des blogs de journalistes et de la rédaction et d'auteurs "invités"

Que ce soit qualitatif ou quantitatif, il est souhaitable que la marque du titre se prolonge sur les blogs. A la rédaction de choisir si elle souhaite que ces blogs soient seulement ceux des journalistes (modèle Libération), ceux des journalistes et d'auteurs invités mais triés (Le Monde le réserve à ses abonnés et donc à un public ciblé) ou à tous (La Stampa en Italie, le succès exemplaire Skyblog...).

Des dizaines de plateformes de blogs ont été lancées par des médias avec des résultats très variables. Le manque de succès de certaines plateformes provient souvent du manque d'intérêt et d'investissement (en ressources et dans la priorité donnée au projet, pas particulièrement financier) de la marque qui s'est parfois dit "j'ouvre une plateforme de blogs et on verra bien'". La technologie est certes importante, mais l'animation et la création de ces communautés encore plus, la formation des journalistes, la promotion...

5) Recruter des blogueurs

Les journalistes ne sont pas habitués (et parfois ne souhaitent pas) créer du contenu "conversationnel" et si ce sont deux mondes qui convergent, cela prendra du temps. Sur le modèle de WeblogsInc (plus d'une centaine de blogueurs, trafic très important, cédé $25M à AOL...), un titre pourrait repérer les meilleurs blogueurs sur son secteur, ou simplement repérer des passionnés auxquels elle pourrait apporter outils, formation et audience, et les fédérer sous sa marque.

Le plus simple pour "accélérer" est de recruter quelques blogueurs et/ou passionnés pour démarrer une conversation thématique sous la marque.

The Guardian à Londres achète aussi régulièrement des notes publiées par les meilleurs blogueurs, certains titres se contentent de leur audience pour reprendre le contenu des blogs en créant un lien vers l'auteur. Cette promotion lui suffit souvent, sans avoir à lui acheter son contenu.

6) ouvrir largement ses portes aux chroniqueurs amateurs

Tout le monde ne blogue pas et ne bloguera pas. En revanche beaucoup d'experts et de passionnés peuvent de temps en temps produire "un papier" de grande qualité et ceci va bien au delà que le petit nombre de chroniqueurs et contributeurs connus à ce jour par la presse. C'est tout l'intérêt du web, celui de laisser n'importe qui s'exprimer, avec souvent une grande médiocrité mais aussi parfois une très grande valeur ajoutée.

Il s'agit pour les marques de presse d'ouvrir grand leurs portes à ce nouveau contenu, tout en le sélectionnant bien entendu (il peut d'ailleurs s'auto sélectionner cf. Digg) pour que la notoriété de la marque ne s'en trouve pas endommagée.

7) Ne pas se limiter à l'écrit: podcasts audio et vidéo

Beaucoup de titres de presse écrite ont franchi le pas et se lancent dans des "émissions" sous forme de podcast audio et video (Newsweek, Business Week...). Les moyens techniques sont très limités et ne nécessitent pas de studios professionnels. Il suffit de former les journalistes qui le souhaitent, puis qu'ils s'habituent progressivement à être "multi-médias": texte, audio, vidéo et non plus "presse écrite", "radio" ou "télé". Le texte, l'audio et la vidéo continueront à exister séparément mais "l'audience" s'attend de plus en plus à un contenu disponible sur les trois formats. Sur le long terme, je ne crois pas que nous aurons encore cette distinction "presse/radio/TV" mais plutôt des marques fortes qui diffuseront un contenu de qualité et surtout des conversations de qualité sous toutes les formes écrites, parlées et vidéo.

8) Ne pas considérer le web et la conversation comme un "porte-clef"

Si beaucoup de titres en sont aujourd'hui à peu de résultats sur leur passage au "web conversationnel", c'est que la direction a considéré souvent que le web était secondaire et non prioritaire. Compte tenu de la rapidité avec laquelle la transition s'opère, il convient aujourd'hui à mon avis de réorganiser les rédactions pour le web en priorité et ensuite pour le papier, et non l'inverse, ce qui n'est évidemment pas facile.

Nous sommes bien loin aujourd'hui des sur-investissements et excès de la bulle Internet. Six ans après l'audience est là, nombreuse et exigeante, participative. C'est le moment de "sauter dans le vide" et de parier sur l'audience du futur plutôt que de se concentrer sur "préserver les abonnements du passé"...

ce n'est pas plutôt :
1) Rendre compatible le contenu avec la conversation
ou alors :
1) Rendre le contenu compatible avec la conversation


?

Olivier, 27/04/2006 at 08:47

Quelle belle note. C'est du grand Loic le Meur là, quand il nous parle comme l'on ne l'a jamais dit aussi bien de ce que nous vivons et nous envoie vers de NOUVELLES AVENTURES.

davideo, 27/04/2006 at 09:14

Article d'une limpidité et d'une clairvoyance à toute épreuve. Du très très grand LLM. Le seul dommage est que cette recoimmandation ne sera jamais suivie d'effet car comme tu le souligne si bien, les journaux font face à des journalistes qui restent campées sur leur positions par peur du changement (regardons ce qui se passe pour France Soir).

Olivier N, 27/04/2006 at 09:39

Au fait 2 fautes se sont glissées dans le texte ci dessus : recommandation ; soulignes

Sorry

Olivier N, 27/04/2006 at 09:40

en matiere de blog de journaliste je conseille ceux des equipes de 20 minutes en particulier celui de Filloux.
http://filloux.blog.20minutes.fr/
cela donne encore plus envie de lire 20 minutes à mon gout. Cela permet de comprendre qui est derriere ce journal a priori assez neutre et lisse.

thomas rudelle, 27/04/2006 at 10:00

Sur Envie d'entreprendre, blog collaboratif sur le partage d'expériences et de connaissances sur le monde de l'entreprise et de l'économie cela fait longtemps que l'on "ouvre" nos colonnes au meilleurs chroniqueurs.

Ce n'est effectievemnt pas la peine d'être un journaliste pour écrire des "papiers de qualité".

Envie d'entreprendre avec ses 14 chroniqueurs mensuel et sa dizaine de contributeurs régulier le démontre tout les jours

Olivier du blog Envie d'entreprendre, 27/04/2006 at 10:13

Loic > je crois que c'est ton meilleur papier !

j'étais hier avec des équipes de F2 qui tournent sur ce sujet, c'est peu de dire que notre discussion était très éxactement en phase avec ce billet.


relayé ;)

Nico, 27/04/2006 at 11:00

Très synthétique, très clair, très juste.

Astro, 27/04/2006 at 11:03

Excellente note Loic.
C'est en effet une de tes meilleures notes.

Jules, 27/04/2006 at 11:12

On dirait une analyse du site du 20 minutes espagnol tout ça...

AKaeL, 27/04/2006 at 11:14

Une question. "Loic Le Meur, mon blog" est aujourd'hui incontestablement un vrai titre de presse. A priori et sauf erreur toutes les recommandations énnoncées ci-dessus ont bien été suivies par la rédaction sauf une : recruter des blogueurs et donc confier régulièrement une rubrique du titre à un autre. Pourquoi ? En effet, si le rédacteur en chef de "Loic Le Meur, mon blog" donnait la main à untel ou unetel sur une rubrique c'est qu'il juge cette plume légitime et suceptible de remporter l'adhésion de ses lecteurs. Par extension, il pourrait à terme diriger une équipe de blogueurs et/ou journalistes (ne les opposons pas) qui respecteraient sa ligne éditoriale et toutes les recommandations édictées par lui (cf les points 1 à 8).
Et en plus il pourrait prendre des vacances en lachant son clavier et même son Blackberry ;-)

Jerome poincheval, 27/04/2006 at 11:20

Bonjour Loïc,

Il y a un point de votre note sur lequel je suis un peu dubitatif.
Vous dîtes : "le contenu des fils se limite en général au titre de l'article et une ligne, c'est trop peu et très frustrant pour les habitués".

Pour ma part je lis maintenant les blogs uniquement à travers l'interface de mon lecteur RSS, par conséquent, je ne vais plus que très rarement sur le blog de l'auteur lui même. Et par conséquent je n'accède pas aux éventuelles publicités ou liens sponsorisés qu'il a mis en place. Je n'accède pas à son blog mais à sa substance.

N'est-ce pas compromettant pour le modèle économique des blogs médiatiques professionnels ?

Hugues, 27/04/2006 at 11:25

Tout à fait d'accord. Les choses doivent évoluer. C'est de la diversité que vient la richesse...

Vanina, 27/04/2006 at 11:26

Loic,
Magnifique analyse!!! Et très pertinente... Cela dit, je partage l'avis d'Olivier N quant au conservatisme de la gent journalistique... On demande finalement à des journalistes du papier de se transformer simultanément en hommes de radio (podcasts), de télé (videocasts), de répondre en live aux réactions des lecteurs (blog)... De plus, révolution culturelle: ils n'ont plus le monopole de la production de contenu, ou d'information... Le darwinisme va encore frapper!!!!! Le journalisme est en train de connaitre sa plus profonde révolution!!!

dubuc, 27/04/2006 at 12:20

j'imprime cette note de ce pas ! car si j'avais deja quelques idées sur la presse, tes remarques les ont complétées ! merci loic !

Super billet !

Weetabix, 27/04/2006 at 12:52

Pensées encore impeccables, fines et concrêtes.
Voilà qui m'aidera encore dans l'évolution de mon mémoire de fin d'études sur "LE BLOGNALISME", traitement de l'actualité par les blogs.

ToM, 27/04/2006 at 13:04

Excellent billet!

Je suis actuellement au service marketing d'une maison d'édition internationale, dans laquelle je milite activement pour la création d'un média plus dynamique, intégrant le lectorat en y voyant une ressource et non plus une cible. Mais faire bouger les choses et surtout faire comprendre l'importance de ce nécessaire changement dans la manière de concevoir l'accès à l'information ne sont pas une tâche aisée.

Dernière perle en date d'un collègue: Nos lecteurs préfèrent le support papier car c'est celui qu'ils lisent lorsqu'ils vont au WC...

Que dire de plus?

Qu'il est dure de se faire entendre dans une entreprise lorsque l'on est le plus jeune!

Marc Menant, 27/04/2006 at 13:07

Je suis navré par ce billet.

Etre journaliste ce n'est être médecin ou avocat. Il n'y a pas de diplôme de journaliste, les écoles ne délivrent pas les cartes de presse.
On ne devient journaliste professionnel qu'en écrivant pour un journal. Ou est donc la révolution à ouvrir les rédactions aux amateurs, aux blogueurs où à qui que ce soit d'autre ?
Et pourquoi des blogueurs ? Qu'est-ce qu'un blogueur ? Pourquoi les blogueurs seraient plus compétents que les autres ?
Mr LeMeur pensez-vous à votre podcasts de Nicolas Sarkozy quand vous parlez de "très grande valeur ajoutée" ?

alex, 27/04/2006 at 13:31

j'étais en train de me dire tiens, une note de LLM avec laquelle je suis d'accord
Heureusement, ça n'a pas duré.
Les journalistes n'aiment pas se remettre en question? La moindre erreur, et c'est une avalanche de lettres de lecteurs - auxquelles ils faut répondre, pas possible de dire "han c'est du deuxième degré et si tu aimes pas tu as qu'à pas me lire", phrases culte sur bien des blogs. Les compliments, par contre, sont plus rares - alors que sur les blogs "influents" ils sont légion.

Créer du contenu dont le style est similaire à celui des blogs - des recettes de cuisine? Ca existe deja. Des éditos? Pareil. Des questionnaires, peut-être, alors... Ecrire plus court, pas d'accord, l'avantage du blog c'est justement qu'on n'est pas limité par ces foutus 2000 signes alors abusons-en, tant pis pour la génération sms.Prendre position? ce n'est pas le boulot du journaliste, il est là pour expliquer, pas pour dire ce qu'il pense - sauf dans les éditos.
3 et 4, d'accord
5: c'est sûr que la pratique du blog permet d'apprendre à exprimer ses idées. Mais pourquoi recruter des blogueurs plus que des joueurs d'accordéon? On recrute des gens parce qu'on les estime doués pour un boulot, pas juste pour se faire de la pub.

Ne pas se limiter à l'écrit: C'est malheureusement une tendance de plus en plus généralisée. Et sa conséquence, c'est que les journalistes écrivent, filment, parlent - avec encore du montage et un peu de contenu pour le web. Du coup, ils écrivent vite et mal, ils parlent vite et mal, ils filment vite et mal. Et si la "réaction" des "médias traditionnels" face à la "menace" des "médias pas traditionnels" c'était, justement, de ne pas aller vers plus de médiocrité?

Raph, 27/04/2006 at 13:38

alex,

La revolution est marche.
Montez dedans. Ou restez derriere.

Jules, 27/04/2006 at 13:38

Chapeau pour l'analyse, tu as superbement saisi les enjeux qui se profilent pour la presse dite traditionnelle.
Mais je ne te rejoins pas complètement sur le passage consacré à l'évolution du métier de journaliste.
Difficile en effet, quand tu es sur le terrain, de mener en parallèle la prise de notes écrites, le film de l'interview et son podcast.
Quand c'est une enquête, c'est encore plus compliqué.
Non, je crois que la convergence va tout simplement créer de l'emploi : désormais le journaliste de presse écrite partira avec son cameraman ou son preneur de son. Car les deux approches (écrit et images)sont différentes et difficilement compatibles.
Je ne dis pas impossible, mais difficile à mener de front.
Martin Nisenholtz, patron du site du NY Times, explique que la rédaction du New-York times laisse le choix à ses rédacteurs : partir en reportage classique (carnet et stylo) ou embarquer avec soi une camera, voire un cameraman avec camera pour alimenter le site web.

Encore un commentaire sur "réorganiser les rédactions pour le web en priorité", dont tu as parlé dans ta note.
Il existe aujourd'hui - comment dire - des "différences" au sein d'une même rédaction d'un quotidien-papier, entre les journalistes traditionnels et les journalistes multimedias (ceux qui bossent sur le site web). Comme une petite guéguerre entre les deux; où chacun toise l'autre depuis son aventin.
L'évolution à venir, c'est que cette distance n'existera plus : lorsqu'un journaliste du quotidien-papier disposera d'un scoop, il devra immédiatement le mettre en ligne. Sans attendre le lendemain, date de parution du journal.
Cela signifie-t-il un glissement inexorable de l'info-papier vers le web ?
A tres long terme peut-être (15, 20 ans). Mais le papier garde cet immense avantage de la "portabilité" (on peut le lire partout).
Par ailleurs, avec la technologie des "Mobile tags" (code-barres intelligents) il sera possible - par exemple - au lecteur du journal "L'équipe" qui lit un papier sur la finale de la coupe de France de foot, de photographier avec son mobile le "tag" placé à la fin de l'article pour télécharger la video du but de la victoire (ou la remise de la coupe comme tu veux). Et là, la convergence se fait à partir du journal-papier...

LES LIENS
Je te cite : "Les seuls liens externes qui existent en général sur les titres de presse sont... des publicités"
Pas tout à fait vrai : la mise en place de liens des sites presse vers les blogs commence doucement en France, je pense au Nouvel Obs.com qui renvoit régulièrement vers des articles écrits par des blogueurs.

J'aurais sûrement encore des tas de choses à dire sur ce sujet passionnant : La révolution est en marche, et nous n'avons pas fini d'être surpris (les journalistes autant que les lecteurs).
Sache tout de même que les patrons de presse sont de plus en plus convaincus des immenses possibilités apportées par le web, l'aspect conversationnel notamment en est un aspect, qui permet de renouer des liens forts avec les lecteurs, etc.
Encore bravo pour ta note.
Et pour rebondir sur ce que dis Jérome P. (ci-dessus) : créons un journal !
(Je relaie tout ça vers mon blog, en attendant)

phil, 27/04/2006 at 13:44

Que pensez-vous d'un site comme "The Annotated New York Times" http://annotatedtimes.blogrunner.com/

Cette approche extérieure permet de faire la différence avec le journal "officiel" et les discussions associées aux articles.

J'aime bien aussi la notion de "correspondant blogger" qui permet d'avertir, à mon avis, plus rapidement les journalistes.

Alain Antone, 27/04/2006 at 13:52

C'est bien beau tout cela, mais en reprenant ton titre :

"Si je dirigeais un titre de presse"

Comment ferais tu rentrer l'argent dans les caisse si tu n'as plus de lecteurs au numéro ou d'abonnés ???

Tout ne peut pas être gratuit et je suis d'accord avec les reflexions vues plus haut le gratuit devient vite médiocre...

C'est pour cela que la Presse Magazine marche aussi bien quand elle est de qualité !

Non étant moi même en plein dans cette problématique avec www.discountpresse.com je pense que l'avenir est à la presse digitale interactive groupée avec le papier.

Je suis d'ailleurs en train de convaincre pas mal d'éditeurs pour se lancer dans ce créneau.

J'y travaille ! et je m'expliquerais un peu plus en détail d'ici 15 jours

Bonne journée à tous.

Gicquel Hervé, 27/04/2006 at 14:14

Tiens, ça me fait penser à la version en ligne du Monde ( www.lemonde.fr ).

A quelques détails près bien sûr.

Anonyme, 27/04/2006 at 14:17

Oui cela va dans ce sens, mais on part des PDF pour les adapter à une lecture numérique.

C'est beaucoup plus convivial (les pages tournent réellement) et travaillé pour être recherché par mots clés, classé, archivé, annoté etc...

Gicquel Hervé, 27/04/2006 at 15:40

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